Passeport de prévention : ce que les certificateurs RNCP et RS doivent anticiper

Par Sylvain IOAN

le 28 octobre 2026

Une équipe de certification, un formateur et un travailleur examinent des justificatifs de formation en santé et sécurité au travail.

Le Passeport de prévention ouvrira son espace aux travailleurs le 16 novembre 2026, selon le calendrier officiel. Pour un organisme certificateur RNCP ou RS, cette étape pose une question pratique : quelles reconnaissances relèvent du dispositif, et comment articuler les responsabilités du certificateur, de ses partenaires et des employeurs ?

La réponse dépend du contenu en santé et sécurité au travail, du rôle de chaque acteur et du circuit d’alimentation applicable. Avant d’ajouter une déclaration à un processus existant, il faut donc qualifier précisément le cas traité.

Passeport de prévention et Passeport de compétences : deux finalités distinctes

Le Passeport de compétences rassemble des éléments du parcours professionnel d’une personne. Le Passeport de prévention se concentre sur ses formations et certifications en santé et sécurité au travail, souvent désignées par le sigle SST.

Ce dernier vise à améliorer la traçabilité de ces acquis pour le travailleur et leur prise en compte par l’employeur. Le calendrier officiel de déploiement prévoit l’accès des travailleurs à partir du 16 novembre 2026, après les ouvertures aux organismes de formation et aux employeurs.

Pour les certificateurs, les deux sujets se rejoignent autour de la fiabilité des données. Ils appellent cependant des vérifications différentes : transmettre une certification au système d’information du CPF et déclarer une formation SST ne relèvent pas systématiquement du même acteur ni du même circuit.

Une inscription au RNCP ou au RS suffit-elle à être concerné ?

L’enregistrement dans un répertoire ne suffit pas à qualifier le périmètre Prévention. Il faut examiner le rapport de la reconnaissance avec la prévention des risques professionnels et les règles propres au dispositif.

Pour les formations soumises à déclaration, le cadre réglementaire repose notamment sur trois critères cumulatifs : un objectif de prévention des risques professionnels, la délivrance d’une attestation de formation ou d’un justificatif de réussite, et des connaissances ou compétences transférables à un autre poste exposant à des risques similaires. La page officielle sur les formations à déclarer détaille ces critères et les exclusions.

Une formation de formateurs n’entre ainsi pas dans le dispositif du seul fait qu’elle prépare à enseigner la prévention. L’examen doit porter sur la finalité et le contenu, plutôt que sur la présence du mot « sécurité » dans un intitulé.

Pour un réseau de partenaires, une première action utile consiste à établir une cartographie : certifications concernées, formations associées et cas qui nécessitent une analyse particulière. Cette cartographie de travail doit garder les références qui justifient chaque classement.

Certificateur, organisme de formation, employeur : qui intervient ?

Une même structure peut exercer plusieurs rôles. Il est utile de les distinguer pour chaque opération.

Le certificateur transmet les données de certification

Le certificateur reste concerné par le circuit de transmission au système d’information du CPF. Le portail du Passeport de prévention explique que les certifications identifiées comme relevant de la SST doivent, à terme, alimenter automatiquement Prévention à partir de ce système.

Le principe de cette réutilisation ne permet pas de conclure que tout accrochage RNCP ou RS est déjà visible dans Prévention. Il convient de vérifier le périmètre identifié et les conditions de mise en service du flux applicable.

L’organisme de formation déclare les formations relevant de son périmètre

Le prestataire intervient au titre des formations SST qu’il dispense et qui répondent aux règles d’éligibilité, en tenant compte des cas d’alimentation automatique et des dispositions transitoires. Les obligations des organismes de formation précisent les règles de périmètre et de délai.

L’employeur dispose de son propre circuit

L’employeur déclare les formations éligibles qu’il dispense en interne. Il peut aussi vérifier les déclarations réalisées par un organisme de formation pour son compte et demander leur correction. Le portail présente séparément les obligations des employeurs.

Dans une démarche qualité, préciser qui produit l’information, qui la transmet et qui suit les retours aide à éviter les omissions comme les déclarations redondantes.

Certifications RS : une transition à suivre jusqu’au 15 novembre 2026

Le décret du 1er août 2025, dans sa version consolidée, prévoit une disposition particulière jusqu’au 15 novembre 2026. Les organismes de formation habilités par un certificateur pour évaluer ou délivrer les certifications et habilitations RS concernées par la SST doivent les déclarer dans les six mois suivant la fin du trimestre de leur délivrance au titulaire.

Le décret du 12 juin 2026 a fixé au 16 novembre 2026 l’entrée en vigueur de la disposition d’alimentation automatique relative à ces certifications RS.

Pour un certificateur et ses partenaires, la transition mérite donc un suivi explicite : quelles délivrances relèvent encore de la déclaration transitoire ? Quelles données ont été transmises ? Quel circuit s’applique aux délivrances suivantes ? La fin de la période transitoire ne doit pas conduire à écarter les déclarations restant dues pour cette période.

Les délais diffèrent aussi selon le déclarant et le type de justificatif. Une échéance d’accrochage, calculée à compter de la délivrance d’une certification, ne doit pas être réutilisée sans examen pour une déclaration Prévention calculée à partir de la fin d’un trimestre.

Quatre contrôles à organiser dans votre réseau

La grille suivante est une proposition de méthode à adapter à votre dispositif.

  1. Qualifier le cas. Identifier la certification ou la formation, son contenu SST, le public concerné et les éventuelles exclusions.
  2. Déterminer le circuit. Distinguer l’alimentation automatique prévue, la déclaration à réaliser et le cas transitoire applicable. Conserver la source et la date de vérification.
  3. Attribuer les responsabilités. Nommer l’acteur qui transmet, celui qui vérifie les informations et celui qui suit les corrections, selon les rôles réellement exercés.
  4. Vérifier l’issue du traitement. Suivre les données acceptées et les anomalies, puis actualiser la consigne commune lorsque le dispositif évolue.

Exemple fictif : un certificateur anime un réseau pour une certification RS identifiée dans le périmètre SST. Un partenaire habilité à évaluer délivre cette certification le 20 octobre 2026. L’équipe vérifie d’abord la règle transitoire applicable à cette délivrance. Elle distingue ensuite cette déclaration du dépôt des données de certification par le certificateur, puis conserve les éléments de suivi de chaque circuit.

Le bénéfice attendu est une consigne commune, compréhensible par tous les partenaires : quel cas traiter, par qui et sur quelle base.

Une traçabilité utile, avec une portée à bien comprendre

Le Passeport de prévention permet de rendre des acquis SST plus lisibles dans un parcours professionnel. Pour le certificateur, il invite à clarifier la portée des reconnaissances délivrées et la façon dont leurs données circulent.

Une formation préparant à une habilitation et l’acte d’habilitation délivré par l’employeur restent deux objets distincts. Le portail officiel précise que les informations de formation sont à déclarer, sans y assimiler l’acte juridique d’habilitation du travailleur.

Cette précision rejoint une exigence centrale de la certification : expliquer exactement ce qu’un résultat atteste, dans quel périmètre et avec quelles conditions d’usage. La qualité de cette explication compte autant que la présence de l’information dans un espace numérique.

Pour distinguer ce sujet du circuit général de transmission des certifications, retrouvez notre guide de l’accrochage certificateur.

Ce décryptage prolonge les sujets abordés lors de la commission Certification des Acteurs de la Compétence du 15 octobre 2026. L’analyse et les conseils de méthode proposés ici sont ceux de Digiforma Certif. Sources institutionnelles et textes vérifiés le 27 octobre 2026.

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